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Editorial (Décembre 2010)

    eole
    Don Quichotte avait raison

    Voila belle lurette que je me demande pourquoi je tiens à trouver et mettre de l'enthousiasme dans tout ce que je fais ? C'est vrai dans le fond : pourquoi dépenser tant d'énergie à fabriquer du vent que personne ne vous a demandé ?

    Cette question me hante. J'ai pourtant essayé de faire sans enthousiasme mais la saveur de la vie en perdait automatiquement tout son charme. Ceci dit, j'admets que cela n'empêche pas de vivre : bien des gratte-papiers atteignent une carrière complète et se réjouissent ensuite d'être condamné à s'emmerder à perpétuité. Qu'est-ce que la vie leur a fait pour les condamner de la sorte ? Car, en bout de course, que pourront-ils revendiquer devant Saint-Pierre ? D'avoir contrôler avec zèle les déclarations de TVA, d'avoir débusquer l'erreur fatale dans une réponse au questionnaire de demande d'asile ou même d'être celui qui a trouvé la faille dans le contrat de cet assuré à qui une inondation a tout fait perdre ?

    Même si je peux en comprendre le pourquoi, je ne parviens pas à saisir ce comment qui le rend possible toute une vie durant. Comment justifier l'ennui dans une vie ? Comment se taire devant le fascisme ? Comment peut-on croire qu'en ne faisant rien, il nous arrivera quelque chose de bien qui changera tout ? Comment ne pas se poser la question du comment ?

    EOLE

    Pourtant, je pense que c'est du royaume de l'inutile qu'un début de piste surgit. Souvenez-vous de cet homme maigre, têtu et enthousiaste qu'était Don Quichotte. Il passa une bonne partie de sa vie à combattre des moulins à vents. C'est désespérant, c'est inutile, d'accord!… mais je n'ai jamais lu une traître ligne sur ce héros qui affirmait qu'il était malheureux !

    EOLE

    C'est peut-être ça le bonheur : savoir que nous nageons dans l'inutile mais sans oublier le panache ! Se plaire à ce que l'on fait, c'est donner du panache aux sourires des autres.

    Dommage que nous soyons si peu nombreux à le mettre en application : c'est fou le nombre de gens qui se foutent éperdument de ce que vous faites et qui voudrait tant qu'on s'intéresse à eux.

    A n'en pas douter, redonner l'envie sera le plus grand défi de ce siècle.

    Zzzzzzz

    P.S. : Merci à tout ceux qui m'entourent et qui sont, eux aussi, des Don quichotte convaincus. Ils se reconnaîtront facilement car, pour eux, le partage n'est pas un effort ni une loi, mais bien une évidence. Merci à ceux-là de m'accorder leur amitié.

    Eric Lefèvre